
Sources :
- U.S. Arms Control and Disarmament Agency, Projet Gutemberg
I Introduction
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Actuellement, nos connaissances concernant larmement thermonucléaire semblent très avancées, mais il nen va pas de même des conséquences physiques et biologiques dune guerre nucléaire. Les études précédentes tendaient à se focaliser sur les retombées radioactives dune telle guerre. Récemment, il a été établi quau cours dune guerre nucléaire à grande échelle, (10000 mégatonnes dexplosions), 30 à 70% de la couche dozone serait détruit dans lhémisphère Nord (centre probable du conflit), ainsi que 20 à 40% dans lhémisphère sud. Une régénération de cette couche prendrait probablement 3 à 10 ans, mais un changement global à long terme ne peut pas être écarté.
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La réduction de la concentration en ozone pourrait avoir un certain nombre de conséquences en dehors des zones touchées par les impacts : brûlures dues à une augmentation de lintensité des ultraviolets, aveuglement dans les régions enneigées, etc. Aussi étrange que cela paraisse, laugmentation des radiations ultraviolettes pourrait être accompagnée dune baisse de la température moyenne. Les changements les plus importants ayant lieu aux plus hautes latitudes, où la production agricole dépend du nombre de journées au-dessus de zéro, ainsi que dautres facteurs liés à la température. Il est supposé quun rafraîchissement de seulement un degré suffirait à éliminer la production de blé du Canada.
II Mécanismes des explosions nucléaires
Au cours dune explosion nucléaire, prêt de 90% de lénergie est relâchée en moins dun millionième de seconde. Il sagit principalement dune vague de chaleur et dune onde de choc, qui produisent les dégâts les plus impressionnants.
Si lon compare la destruction immédiate colossale dans la zone touchée aux effets moins visibles à longs termes issus des 10% restant, ces derniers peuvent sembler contingents. Mais la dimension spectaculaire de la catastrophe initiale ne doivent pas occulter les effets secondaires dune guerre nucléaire.
Quand une arme est déclenchée à la surface ou à basse altitude, la vague de chaleur vaporise les matériaux de la bombe, la cible, les structures alentours, le sol et les rochers environnants, tout cela étant entraîné dans une boule de feu en expansion, à lélévation rapide. Alors que la boule de feu sélève, elle sétend et se refroidit en produisant le champignon distinctif qui fait la signature des explosions nucléaires.
Laltitude atteinte par le nuage dépend de la force de lexplosion. Pour une puissance inférieure à 30 kilotonnes, le nuage restera dans la basse atmosphère et ses effets seront entièrement locaux. Mais quand la puissance excède 30 kilotonnes, une partie du nuage sera envoyée dans la stratosphère, à plus 11km daltitude. Pour une charge de 2 à 5 mégatonnes ou plus, lintégralité du nuage de débris radioactifs et de fine poussière sera envoyé dans la stratosphère. Les matériaux les plus lourds atteindront la limite inférieure de celle-ci et retomberont assez vite. Mais les particules les plus légères vont pénétrer beaucoup plus loin, à des altitudes supérieures à 20 km, et y rester pour des mois, voire des années. Les courants stratosphériques se chargeront ensuite de la diffusion de ces matériaux à travers le monde.
III Retombées radioactives
Les retombées locales et mondiales dépendent dun ensemble de facteurs tels que le type de larme, sa puissance, laltitude et la latitude de la détonation, le moment dans lannée, et les conditions climatiques locales.
Toutes les armes nucléaires actuelles nécessitent la séparation des éléments lourds comme luranium et le plutonium. Lénergie relâchée par le processus de fission est des millions de fois plus grand, à poids équivalent, que la réaction chimique dégageant le plus dénergie. La plus petite arme nucléaire, de lordre du kilotonne, se base uniquement sur lénergie relâchée dans le processus de fission, comme les premières bombes qui dévastèrent Hiroshima et Nagasaki en 1945. Les charges nucléaires plus importantes dérivent une partie substantielle de leur force explosive de la fusion de formes lourdes de lhydrogène (deutérium et tritium). Comme il ny a virtuellement pas de limite au volume des matériaux de fusion dans une arme, et ces matériaux étant moins coûteux que les matières fissiles, lutilisation de la fusion dans les armes thermonucléaires "bombes H" a apporté une augmentation radicale du pouvoir de destruction. Néanmoins, le processus de fission est toujours nécessaire pour atteindre les conditions de haute température et pression nécessaires au déclenchement de la réaction de fusion de lhydrogène. Ainsi, toute détonation nucléaire produit des fragments radioactifs de fission déléments lourds, ajoutant un élément de radiation dans le processus de fusion.
Les fragments de la fission déléments lourds les plus importants sont les radioéléments (atomes radioactifs) qui se dégradent en émettant des particules gamma. La période (durée de demi-vie) de ces éléments peut aller de quelques jours à plusieurs milliers dannées. Un facteur important dans la contamination, est le fait que ces particules pénètrent dans le corps par la respiration, lalimentation, etc. et sintègrent dans les tissus. Si cela se produit, les risques de dommages biologiques par les radiations ionisantes sont multipliés.
La menace la plus sérieuse est probablement celle du Césium 137, un émetteur de radiations gamma avec une période de 30 ans. Cest une source de radiation majeure dans les retombées nucléaires, et comme il joue un rôle dans la chimie du potassium, il est facilement absorbé dans le sang des animaux et des humains et peut être incorporé aux tissus.
Dautres contaminants sont le Strontium 90, avec une période de 28 ans, et lIode 131 avec une période de seulement 8 jours. Le Strontium 90 suit la chimie du calcium, il est ainsi incorporé dans les os et les dents, spécialement chez les jeunes enfants qui ont reçu du lait de vaches ayant absorbé des fourrages contaminés. Liode 131 est une menace similaire pour les enfants à cause de sa concentration dans la glande thyroïde. En addition, le Plutonium 239, fréquemment utilisé dans les explosifs nucléaires est assimilable dans les os comme le Strontium 90, il peut aussi se loger dans les poumons où il ses radiations locales intenses peuvent causer des cancers ou dautres dommages. Il se dégrade en émettant des radiations alpha (noyau dhélium) et possède une période de 24 000 ans.
Suite à lextension de la puissance explosive par la fusion de lhydrogène, deux autres radioéléments : le Tritium ayant une période de 12 ans et émettant des radiations bêta, et le Carbone 14 émettant les même radiations, mais avec une période de 5730 ans. Tous deux sintègre facilement dans le cycle alimentaire et sincorporent à la matière organique.
Deux types de dommages par radiation peuvent se produire :
A Retombées locales
La plupart des risques par radiation issus de lexplosion nucléaire viennent des radioéléments à courte durée de vie, extérieurs au corps. Ceux-ci sont généralement confinés dans la zone sous le vent par rapport au point dexplosion. Ces risques viennent de fragments de fission qui ont des périodes allant de la demi-seconde à quelque mois, et sont issus du sol ou dautres matériaux à proximité, rendus radioactifs par le flux de neutron intense des réactions de fusion et de fission.
Il a été estimé quune arme avec une puissance de un mégatonne explosant au niveau du sol, avec un vent de 25 km/h, produirait des retombées sétendant dans une ellipse longue de plusieurs centaines de kilomètre en aval du point dexplosion par rapport au vent. A une distance de trente à quarante kilomètres sous le vent, une dose de radiation mortelle (600 rads) serait accumulée par une personne sans protection en 25 minutes après le début des retombées. A une distance de soixante-cinq à soixante-quinze kilomètres, une personne aurait au plus trois heures après le début des retombées pour trouver un abri. Des doses considérablement moindres de radiation suffiraient à rendre les gens sérieusement malades. Ainsi, les chances de survie des personnes immédiatement sous le vent par rapport au point dexplosion seraient maigres, à moins quelles puissent être abritées ou évacuées.
Il a été estimé quune attaque sur les centres de population américains par une centaine darmes à fission de un mégatonne tuerait jusqu'à 20% de la population immédiatement par suite du souffle, de la chaleur, du choc terrestre, et des radiations immédiates (neutrons et rayons gammas). Une attaque avec un millier de ces armes détruirait immédiatement presque la moitié de la population américaine. Ces chiffres ne tiennent pas comptent des morts additionnelles par le feu, le manque de soins, la famine ou les retombées radioactives douchant le sol en aval des points dimpact.
La plus grosse proportion des radioéléments produits par la bombe se décompose rapidement. Quand bien même, au-delà du rayon de souffle, il y aurait des zones "chaudes" où les survivants ne pourraient pas entrer à cause de la contamination radioactive par des isotopes à longue durée de vie comme le Strontium 90 ou le Césium 137 qui peuvent se concentrer dans la chaîne alimentaire et sintégrer au corps humain. Les dommages seraient internes, avec des effets graves apparaissant au fil des ans. Pour les survivants, le risque prolongé dirradiation peut représenter une grave menace pendant un à cinq ans après lattaque.
B Effets mondiaux des retombées
La plupart des connaissances sur la production et la distribution de radioéléments est dérivée de la période dessais nucléaires intensifs dans les années cinquante et le début des années soixante. On estime que plus de cinq cents mégatonnes de charges nucléaires ont été mises à feu dans latmosphère entre 1945 et 1971, la moitié étant de la puissance étant libérée par des réactions de fission. Un pic a été atteint entre 1961 et 1962 avec un total de trois cent quarante mégatonnes déclenchées dans latmosphère par les USA et lURSS. Le traité de limitation sur le nucléaire de 1963 mit fin aux tests à lair libre pour les USA, le Royaume Uni, et lURSS. Les deux principaux absents lors des signatures : la Chine et la France, ont continué leurs essais nucléaires à un rythme de cinq mégatonnes par an, en sous-sol pour la France.
Un scientifique du comité de lONU a estimé que la dose de radiation accumulée pour la population mondiale dici lan 2000 résultant des tests en 1970 est léquivalent de deux ans dexposition à des radiations naturelles à la surface de la terre. Pour le gros de la population mondiale, les doses de radiation internes et externes dorigine naturelle se montent à moins de 1/10e de RAD annuellement. Ainsi, les tests nucléaires jusquici ne semblent pas poser une menace par radiation importante, de façon globale. Il nen irait pas de même pour une guerre relâchant dix ou cent fois la puissance totale de toutes les précédentes armes testées.
Les effets biologiques de toute forme de radiation ionisante ont été calculés principalement par la National Academy of Science. Si lon se base sur leurs calculs, les retombées pour les cinq cents mégatonnes de tests en 1970° vont produire entre deux et vingt-cinq cas de maladies génétiques par million de naissances viables dans les générations suivantes. Cela revient à dire que trois à cinquante personnes par milliard de naissance dans les générations suivant les tests auront des dommages génétiques pour chaque mégatonne de puissance utilisée. Avec une incertitude similaire, il est possible destimer que linduction de cas de cancer irait de soixante-quinze à trois cents par mégatonne pour un milliard dindividus dans les générations suivant les tests.
Si lon applique ce cadre schématique à une guerre nucléaire à grande échelle dans laquelle dix mille mégatonnes de puissance nucléaire sont utilisés, les effets sur une population mondiale de cinq milliards dêtres humains semblent énormes. Sans tenir compte des incertitudes liées à la dynamique dune guerre nucléaire possible, les cancers induits par radiations et les dommages génétiques toucheraient dans une période de trente ans de 1,5 à 30 millions dindividus, soit 0,5% à 15% du taux de mort par cancer en temps de paix dans les pays développés.
IV Altération globale de l'environnement
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Une guerre nucléaire impliquerait une telle élévation brève et concentrée dénergie à haute température quil est nécessaire de considérer un certain nombre deffets potentiels sur lenvironnement. Il est vrai que lénergie des armes nucléaires est faible comparée à de nombreux autres phénomènes. Un ouragan peut avoir la puissance de millions de bombes H. Mais lénergie dégagée, même par les pires tempêtes est diffuse : elle se disperse sur des zones étendues, et la différence entre une zone orageuse et les régions environnantes est relativement faible. Les explosions nucléaires sont tout à lopposé : très concentrées avec des températures de plusieurs millions de degrés Celsius. Parce quelles sont très différentes des processus naturels, il est nécessaire dexaminer leur potentiel à altérer lenvironnement dans différents contextes. |
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A Poussière en haute altitude
Il a été estimé quune guerre ayant vu exploser dix mille mégatonnes, dont la moitié au niveau du sol soulèverait vingt-cinq milliards de mètres cubes de roche et de sol ainsi quune quantité substantielle de poussière et de particules dans la stratosphère. Cest à peu près deux fois le volume de matériaux rejetés par le volcan indonésien Krakatoa dont lexplosion en 1883 fut la plus puissante jamais enregistrée sur terre. Les couchers de soleil à travers le monde furent notablement rougis pendant quelques années, indiquant les grandes quantités de poussière volcanique étant entrées dans la stratosphère.
Des études ultérieures sur les grosses explosions volcaniques comme le Mt Agung sur Bali en 1963 ont soulevé la possibilité quune introduction de poussière en grande quantité dans la stratosphère réduirait lintensité solaire et la température à la surface, en augmentant labsorption de chaleur dans la haute atmosphère.
Les changements mineurs dans la température et la lumière solaire pourrait affecter les récoltes. Néanmoins, aucun changement catastrophique na résulté dexplosions volcaniques, il est ainsi peu probable que linjection massive de particules dans la stratosphère par un conflit à dix mille mégatonnes puisse entraîner en lui-même des changements climatiques importants.
B Ozone
Plus inquiétant, il y a les effets potentiels dexplosions nucléaires sur lozone dans la stratosphère. Les raisons sont les suivantes : tandis que loxygène et lazote des couches supérieures de latmosphère peuvent bloquer les ultraviolets solaires dont les photons ont une longueur donde inférieure à 2420 angströms, lozone est le seul bouclier efficace contre les radiations ultraviolettes solaires dont le spectre se situe entre 2500 et 3000 A. Bien que lozone soit très efficace pour filtrer les UV solaires dans cette région du spectre, la partie supérieure de cette zone nest pas toujours bloquée (entre 2800 et 3200 A), causant des coups de soleil, des cancers et un vieillissement prématuré de la peau. Les UV solaires sont aussi responsables daveuglements, et à forte dose, peuvent inhiber la photosynthèse des plantes, bloquer leur croissance, endommager ou détruire des bactéries, champignons, insectes, et produire des altérations génétiques.
En dépit du rôle important de lozone dans un environnement viable à la surface de la terre, la quantité totale dozone dans latmosphère est assez faible (3ppp). De plus, lozone nest pas constituant statique ou durable de latmosphère. Il est continuellement crée, détruit et recrée par un processus naturel. Ainsi, la présence dozone à un moment donné est fonction de léquilibre atteint entre les réactions chimiques de synthèse et de dégradation, ainsi quentre les radiations solaires atteignant la haute atmosphère.
Le mécanisme de production de lozone est labsorption par loxygène dune lumière UV à courte longueur donde. La molécule de dioxygène se sépare en deux atomes doxygène libres qui sunissent immédiatement avec dautres molécules de dioxygène. Cette union forme lozone : O3. La chaleur relâchée par la réaction de formation dozone est la raison pour laquelle la température sélève avec laltitude dans la stratosphère (douze kilomètres au-dessus de la surface minimum).
Tandis que la réaction chimique naturelle produit environ 4500 tonnes dozone par seconde dans la stratosphère, ceci est contrebalancé par les autres réactions naturelles dégradant lozone. La plus signifiante est de loin celle impliquant le monoxide dazote NO qui sépare lozone en molécules. Cet effet a été découvert ces dernières années lors détudes environnementales concernant lemploi de vols supersoniques fréquents dans la basse stratosphère. Il semblerait donc que la réaction du NO soit responsable de 50 à 70% de la destruction de lozone.
Dans lenvironnement naturel, il y a toute une variété dorigines de la production de NO et de vecteurs pour son transport vers la stratosphère. Des bactéries dans le sol produisent du NO2 qui entre dans la basse atmosphère et se diffuse lentement dans la stratosphère où il réagit avec loxygène libre pour former deux molécules de NO. Un autre mécanisme pour la production de NO dans la basse atmosphère est basé sur les éclairs. Malgré le fait que la plupart du NO soit balayé par la pluie, une partie peut rejoindre la stratosphère. Des quantités supplémentaires de NO sont produites directement dans la stratosphère par les rayonnements cosmiques en provenance du soleil et de sources interstellaires.
Cest à cause du rôle de catalyseur que le NO joue dans la destruction de lozone quil est important de considérer les effets dexplosions nucléaires à forte puissance sur celle-ci. La boule de feu nucléaire et lair entraîné à lintérieur propagent une grande chaleur, suivi par un refroidissement rapide. Ces conditions sont idéales pour la production de quantités énormes de NO tiré de lair. Les estimations vont jusqu'à cinq mille tonnes de NO produit par mégatonne.
Quels seraient les effets du NO conduit dans la stratosphère par une guerre nucléaire globale impliquant la détonation de dix mille mégatonnes de puissance explosive dans lhémisphère Nord ? Daprès les études récentes de lAcadémie des Sciences américaine, le NO produit par les armes nucléaires pourrait réduire le niveau de lozone dans lhémisphère Nord de 30 à 70%.
Pour commencer, une couche dozone épuisée renverrait vers la terre moins de chaleur que dhabitude, causant une chute de température pouvant affecter sérieusement lagriculture. Dautres changements tels que de plus grosses quantités de poussière ou une végétation différente, pourraient de façon subséquente renverser la chute de température ou au contraire laccentuer.
Plus important, la vie sur terre a évolué dans une large mesure à labris du bouclier dozone protecteur et est actuellement adaptée assez précisément à la quantité dUV solaires qui le traversent. Pour se défendre contre ce niveau faible dultraviolet, les espèces ont développé des protections extérieures (plumes, fourrure, cire sur les fruits), et intérieures (mélanine dans la peau humaine, flavonoïdes dans les tissus végétaux), des stratégies dévitement (migration du plancton à plus grande profondeur pendant la journée, recherche de lombre par les iguanes), et dans presque tous les organismes sauf les mammifères placentaires, des mécanismes élaborés pour réparer les dommages photochimiques.
Il est possible néanmoins, quune augmentation importante des UV solaires puisse dépasser les défenses de quelques ou de nombreuses formes de vie terrestres. Des dommages directs et indirects peuvent se produire parmi les bactéries, insectes plantes et autres maillons des écosystèmes dont le bien-être de lhomme dépend. Ce bouleversement, particulièrement sil prend place après une guerre à grande échelle impliquant de nombreux autres problèmes, peut constituer une menace sérieuse supplémentaire pour le rétablissement dune société post-nucléaire. Le rapport de lAcadémie des Sciences américaine conclut quen 20 ans, les systèmes écologiques devraient avoir récupéré de laugmentation en radiations ultraviolettes, mais pas nécessairement de la radioactivité ou dautres dégâts dans les secteurs proches des zones de conflit. Néanmoins, bien que tardive, laugmentation des cancers de la peau dans lhémisphère Nord pourrait aller jusqu'à 30%
V Quelques conclusions
Nous avons considéré les problèmes dune guerre nucléaire à grande échelle du point de vue des pays nétant pas directement attaqués, ainsi que les problèmes quils pourraient rencontrer dans le redressement post-conflit. Il est vrai que la grosse partie de lhorreur et de la tragédie de la guerre nucléaire serait subie par les populations exposées aux attaques directes, qui auraient sans doute à affronter des obstacles extrêmes, sinon insurmontables pour rétablir leur propre société. Il nest pas moins apparent par ailleurs, que dautres nations incluant celles étrangères au conflit, pourraient souffrir grandement des dommages causés à lenvironnement. Enfin, il est nécessaire de faire mention au moins brièvement des effets résultants de larrêt des activités économiques et des communications. Depuis 1970, une fraction croissante de la population a perdu la bataille pour lautosuffisance en nourriture, et doit sappuyer sur des importations massives. Un dysfonctionnement important de lagriculture et des transports dans les pays industriels et exportateurs de céréales pourrait être désastreux pour les pays important de la nourriture, des machines agricoles, et des engrais (spécialement les pays se débattant déjà avec des problèmes de famine à grande échelle). Par ailleurs, suite à un conflit nucléaire, les puissances industrielles directement impliquées se retrouveraient en compétition pour des ressources, avec les pays aujourdhui considérés comme sous-développés. De même, la coupure des communications internationales (satellites, câbles, et même les liaisons radio haute fréquence) peut être un obstacle majeur à leffort de redressement international.
Dans une tentative pour modéliser les effets à long terme dune guerre nucléaire à grande échelle, nous avons considéré de façon séparée les différents types de dommages pouvant se produire. Il est également possible néanmoins, que les interactions se produisant entre ces effets ainsi, les dégâts en sassociants entre eux pourraient produire de nouveaux types inattendus de problèmes. Par exemple, nous pouvons jauger individuellement les conséquences de retombées radioactives au niveau mondial, et celles dune augmentation du niveau des radiations ultraviolettes solaires. Mais lon ne sait pas si les deux agissant simultanément ne peuvent pas augmenter significativement la sensibilité des hommes, des plantes et des animaux à la maladie. En dépit de trente ans de développement et détudes, il y a encore beaucoup à apprendre, en particulier concernant les effets dune guerre nucléaire à grande échelle.
Note 1 : Puissance des armes nucléaires
Le standard le plus usité pour mesurer la puissance dune arme nucléaire est exprimé en équivalence avec la quantité dexplosif chimique (TNT) qui produirait la même énergie. La première arme atomique qui a rasé Hiroshima en 1945 avait une puissance de 13 kilotonnes (soit 13.000 tonnes de TNT). Pour mémoire, la plus grosse bombe lâchée pendant la 2e guerre mondiale contenait environ 10 tonnes de TNT.
Depuis Hiroshima, la puissance des armes nucléaire a beaucoup augmenté. La plus grosse détonation déclenchée en 1962 par lUnion Soviétique avait une charge de 58 mégatonnes. Un missile balistique moderne peut contenir une tête ayant une charge de 20 mégatonnes ou plus.
Même les guerres récentes ont été relativement limitées en termes de puissance de destruction totale due à des armes non-nucléaires. Un seul avion ou missile peut aujourdhui transporter un engin nucléaire dont la force surpasse celle de toutes les bombes utilisées dans les guerres précédentes. Le nombre de bombes et de missiles nucléaires que les superpuissances possèdent actuellement dépassent le millier.
Note 2 : Type d'armes nucléaires
Les armes nucléaires peuvent être rangées en deux catégories fondamentales de réaction nucléaire :
La Fission qui implique la séparation déléments lourds (ex : uranium)
La Fusion qui implique la combinaison déléments légers (ex : hydrogène)
La fission requiert quun minimum de matériaux ou "masse critique" soit mis en contact pour que lexplosion nucléaire se produise. Les armes à fission les plus efficaces tendent à avoir une puissance dans la zone des dix kilotonnes. Des charges plus importantes rendent les armes incroyablement complexes et peu utilisables.
La fusion nucléaire permet la conception darmes à la puissance virtuellement illimitée. Avec la fusion, selon la théorie atomique, quand les noyaux datomes légers comme lhydrogène se rejoignent, la masse des noyaux fusionnés est plus légère que celle des deux noyaux originaux. La perte est exprimée par de lénergie. Dans les années 30, des physiciens ont conclu quil sagissait du processus qui étaient à lorigine de lénergie du soleil et des étoiles. Mais la fusion nucléaire est restée dun intérêt théorique jusquà ce que lon découvre quune bombe atomique à fission pouvait être utilisée comme un déclencheur pour produire en un ou deux millionièmes de secondes, les conditions de pression et de températures nécessaires pour démarrer la réaction de fusion. La fusion permet la conception darmes nucléaires de puissance illimitée, en utilisant des matériaux bien moins coûteux.
Note 3 : Radioactivité
Plus familiers, des éléments naturels tels que lhydrogène, loxygène, lor et le plomb sont stables et durables à moins dêtre soumis à des forces extérieures. Mais tous les éléments peuvent exister sous des formes instables. Les noyaux de ces formes instables ou isotopes ont un "déséquilibre" au niveau des particules les composant et ils tendent à diminuer cette instabilité interne à travers le processus de décomposition radioactive.
Les trois modèles principaux de décomposition radioactive sont les émissions de radiations alpha, bêta et gamma.
Alpha : des noyaux instables émettent souvent des particules alpha, cest à dire des noyaux dhélium consistant en deux protons et deux neutrons. De loin la plus massive des particules émises, elle est aussi la plus lente, excédant rarement 1/10e de la vitesse de la lumière. En résultante, son pouvoir de pénétration est faible : elle peut habituellement être stoppée par une simple feuille de papier. Mais si un émetteur de particules alpha comme le plutonium est introduit dans le corps humain, il crée une sérieuse menace de cancer.
Bêta : une autre forme de décomposition radioactive qui consiste en lémission dune particule bêta ou électron. Cette particule bêta a une masse seulement de 0,7% de celle de la particule alpha, mais une vitesse équivalente à 8/10e de la vitesse de la lumière. Les particules bêta pénètrent donc plus profondément dans les tissus, et des doses de radiations bêta externes représentent une menace bien plus grande que des doses de particules alpha, plus lourdes et plus lentes. Les isotopes émettant des radiations bêta sont aussi nocifs que des émetteurs alpha si introduits dans le corps humain.
Gamma : dans certains processus de décomposition radioactive, lémission consiste en un photon sans masse se déplaçant à la vitesse de la lumière. Les rayons gamma sont similaires aux photons des rayons X, mais bien plus pénétrants (plusieurs centimètres de béton). Elles peuvent causer de gros dommages au corps humain.
Une chose commune à ces trois types de radiations est leur capacité à ioniser les atomes neutres à travers lesquels elles passent, leur conférant une charge électrique. La particule alpha transportant une charge électrique positive attire les électrons des atomes rencontrés, tandis que les particules bêta étant chargées négativement, elles éjectent des électrons des atomes neutres. Si une radiation bêta passe suffisamment prêt dun noyau, elle peut produire des rayons X qui iront eux-mêmes ioniser dautres noyaux. Des radiations gammas peuvent retirer des électrons des atomes neutres, de la même manière que les rayons X, les laissant ionisés. Une seule particule de radiation peut ioniser des centaines datomes neutres dans le tissu, à travers de multiples collisions, avant que toute son énergie soit absorbée. Ceci interfère avec les liens chimiques pour certaines structures cellulaires dimportance critique comme le cytoplasme qui contient le code génétique de la cellule, et peut également produire des composants chimiques qui peuvent causer autant de dommages que lirradiation initiale.
Pour des raisons pratiques, une unité de radiation appelée le "rad" a été adoptée. Elle mesure la quantité dionisation par unité de volume produite par les particules issues de la décomposition radioactive.
Note 4 : Période d'un radioélément
Le concept de période ou "demi-vie" est une des bases de la décomposition dun radioélément. A linverse de systèmes physiques (bactéries, animaux, hommes et étoiles), il est impossible de prédire avec certitude la durée de vie dun seul radioélément.
Néanmoins, il est possible de faire abstraction du comportement aléatoire dun noyau individuel en traitant statistiquement de grands nombres de noyaux dun isotope particulier. Dans le cas du thorium 232 par exemple, le processus de décomposition radioactive est si lent que 14 milliards dannées doivent sécouler avant que la moitié de la quantité initiale de thorium 232 se soit décomposée en une configuration plus stable. Ainsi, la demi-vie de cet isotope est de 14 milliards dannées. Après lécoulement de la seconde demi-vie (à nouveau 14 milliards dannées), seulement un quart de la quantité initiale de thorium 232 subsistera, etc.
La plupart des isotopes radioactifs de synthèse ont des périodes beaucoup plus courtes, allant de quelques secondes ou jours à des milliers dannées. Le plutonium 239, un isotope de synthèse, a une période de 24 000 ans.
Pour lisotope le plus courant de luranium, le U-238, la période est de 4,5 milliards dannées environ lâge du système solaire. Le plus rare et fissionable des isotopes de luranium, le U-235 a une période de 700 millions dannées, indiquant que son abondance actuelle nest que 1% de ce quelle était au moment où le système solaire est né.
Note 5 : Oxygène, ozone et radiations ultraviolettes
Loxygène, vitale pour les créatures qui le respirent, constitue environ 20% de latmosphère terrestre. Il se présente occasionnellement sous la forme dun atome solitaire à haute température, mais la plupart du temps il se combine avec un autre atome pour former une molécule de dioxygène O2. Loxygène que lon respire est principalement constitué de cette forme stable.
Loxygène a aussi une troisième forme chimique dans laquelle trois atomes doxygène se lient ensemble en une molécule O3 appelée ozone. Bien que moins stable, bien plus rare que lO2, et principalement confinée aux niveaux supérieurs de la stratosphère, les deux molécules jouent un rôle vital dans la protection de la terre contre certaines radiations solaires néfastes.
Les radiations les plus dangereuses se situent dans le spectre ultraviolet, invisible à lil nu pour les longueurs donde les plus courtes (sous 3000 Angström). A lopposé des rayons X, les photons ultraviolets ne sont pas assez "puissants" pour ioniser des atomes, mais contiennent assez dénergie pour casser certains liens chimiques dans des molécules de cellules vivantes et produire des anormalités biologiques et génétiques, comme des tumeurs et des cancers.
Heureusement, grâce à latmosphère terrestre, seulement quelques traces de ces ultraviolets atteignent la terre. Au moment où la lumière solaire atteint le haut de la stratosphère (45 km daltitude environ), la plupart des radiations sur des longueurs dondes inférieures à 1900 A ont été absorbées par des molécules dazote et doxygène. Au sein de la stratosphère elle-même, le dioxygène absorbe les UV à longueur donde plus élevée, jusquà 2420 A, et de lozone se forme suite à ce processus dabsorption. Cest cet ozone qui absorbe ensuite le reste des rayonnements UV, jusquà 3000 A, de manière à ce que la plupart des radiations solaires dangereuses sont éliminées avant datteindre la surface de la terre.